[Flash fiction] Brouhaha

Prompts : Farine, vautour, horoscope, entretien, nerf, son de cloche, la distance entre nous deux, tumulte, idylle et (re)commencement

Je n’ai pas compris ce qu’il se passait. Ou plutôt, j’ai tout fait pour l’ignorer ; pour ignorer les signes. Je ne suis pas naïve au point de ne pas voir ce qui se tramait. Par contre, je suis lâche et j’ai fermé les yeux volontairement, espérant que les choses s’arrangeraient d’elles-même. Bien sûr, ça n’a pas été le cas ; ça n’est jamais le cas. Quoi je dise, quoi que je fasse, elles finissent tous par partir et tu n’étais pas différente des autres. Je le savais depuis le début de notre idylle ; quoi que l’on fasse, la distance entre nous ne ferait que se creuser jusqu’à ce qu’il n’y ait plus rien qu’un gouffre empli de souffrances et de ressentiment.
Tu sais, j’y ai presque crû ; tu étais tellement douce, généreuse, compréhensible. Aimante. J’ai voulu y croire ; qui sait, peut-être avais-je trouvé la perle rare ? La personne qui me rendrait enfin pleinement heureuse, qui me ferait oublier mes vieux démons. Oui, j’ai voulu y croire ; ne serait-ce qu’un instant.
Car la vie n’est qu’un éternel recommencement et je ne pouvais rien faire pour empêcher notre histoire de se terminer de cette façon. Je le savais et espérer un autre dénouement était futile.
Chaque fois que tu quittais la maison, un brouhaha indescriptible retentissait dans mon esprit, un tumulte tel que je n’étais plus capable d’entendre mes propres pensées ; pensées noyées sous les hurlements de mes démons qui clamaient que tu ne reviendrais plus, que tu m’avais abandonnée, que je n’étais qu’une distraction pour toi, rien d’autre qu’un jouet. J’ai lutté pour ne pas les entendre, m’abrutissant de cachets pour noyer ces voix incessantes. Mais elles étaient toujours là. Même quand elles restaient muettes je sentais leur présence dans mon esprit ; je les sentais qui guettaient le moindre moment de faiblesse, tel un vautour guettant un animal blessé.
Tu n’as jamais rien su de mes luttes intérieures ; trop anxieuse à l’idée que tu ne comprennes pas et que tu partes.
C’est ce qui a fini de nous séparer ; tu me trouvais trop distante, peut-être pensais-tu que je ne t’aimais plus. Tu as tenté d’entretenir la flamme, mais il y avait longtemps que le feu avait été étouffé sous les cendres lourdes de mes peurs, que les voix avaient arrosé les braises pour les éteindre.
C’est alors que tu as commis l’erreur qui allait nous plonger dans l’abîme. Tu as tenté de me faire réagir en me rendant jalouse. Ça a marché ; sans doute trop bien. Les voix n’ont jamais été aussi puissantes, aussi assourdissantes que ce jour où je t’ai surprise à flirter avec une autre ; qu’aujourd’hui.
Tu savais exactement ce qu’il fallait pour me faire réagir, tu ignorais juste que je réagirais avec une telle puissance et quand tu l’as compris, il était déjà trop tard. Tu avais beau supplier, les voix avaient prix le dessus au moment même où je t’ai aperçue avec cette autre. Tu as touché un nerf plus que sensible avec ton petit plan pour me faire réagir et tu allais en subir les conséquences.
Je ne t’ai jamais parlé des voix mais je sais que tu as compris qu’elles étaient là quand je t’ai traînée de force loin de cette autre. Peut-être était-ce une de ces voix qui t’avais ordonné de me suivre ou alors mes yeux m’ont trahie. Je ne sais pas. Tout ce que je sais, c’est que tu étais terrifiée, si j’en crois tes cris désespérés, tes supplications sanglotantes.
Mais maintenant, tu ne dis plus un mot alors que je regarde ton visage enfariné de clown triste. Au loin, j’entends les cloches d’une église ; le glas retentit dans le silence de la campagne. Tu es si belle avec tes grands yeux verts qui me dévisagent ; dommage qu’ils soient sans vie.
Je jette une dernière pelletée de chaux vive sur ton corps avant de reboucher le trou au fond duquel tu reposes désormais. Les voix se sont finalement tues.
Mon horoscope du jour avait raison, je me sens beaucoup mieux, maintenant que je me suis débarrassée du poids mort qui m’empêchait de vivre ma vie pleinement. Je suis tellement mieux seule, juste avec la présence silencieuse des voix dans ma tête. Au final, tu étais comme les autres qui t’ont précédée et reposent dans cette même clairière que toi.

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