Mug shots n°3 – La pilule à rêver

D’aussi loin que je m’en souvienne, j’ai toujours souffert de ces intenses crises de panique ; j’ai consulté des armées de psy mais jamais aucun n’a réussi à découvrir la cause de celles-ci, ni ne m’a donné un traitement efficace.
J’ai tout tenté : la médiation, la sophrologie, l’hypnose… l’alcool. Rien n’y a fait.
Jusqu’à ce que je découvre la Dream. Mes rares amis, contrairement à moi, aimaient à faire la fête et étaient de toutes les raves et autres festivals de musique. Chacun d’entre eux avaient au moins testé une drogue mais je n’y avais jamais touché ; même dans mes pires moments, je n’avais jamais osé franchir le pas, terrifié que les effets d’un trip ne me déclenche une nouvelle crise de panique.
J’ai donc longtemps hésité quand un de mes amis m’a proposé une pilule de Dream, me promettant que grâce à cela je serais enfin détendu, ne serait-ce que pour quelques heures, plongé dans un rêve dont je pourrais contrôler chacun des aspects ; je serais enfin maître de ma vie, même onirique.
J’ai longtemps hésité mais après une nouvelle crise particulièrement violente, j’ai finalement décidé d’accepter le cachet, à cours d’idée pour retrouver une tranquillité d’esprit que je ne ne me souvenais pas avoir déjà ressentie.

Prendre de la Dream, c’était comme voyager vers un autre univers où l’on maîtrisait chaque aspect de sa vie ; aucune contrainte, aucune contrariété, aucune peur ou inquiétude. On y vivait pleinement, complètement libre d’être et de faire.
Même l’environnement pouvait être façonné à son goût. Sous l’influence de la Dream, j’ai visité toutes sortes de lieux : jardins merveilleux façon Pays des Merveilles avec lac de thé et arbres à gaufrettes, mondes sous-marins habités par des êtres mi-pieuvre mi-crocodile en gélatine, d’immenses plaines au-dessus desquelles je pouvais voler en compagnie d’oies sauvages, planètes lointaines faites de diamant ou de fromage,…
Mais l’effet de la drogue se dissipait de plus en plus rapidement et il me fallait augmenter régulièrement les doses pour pouvoir continuer à explorer mon monde intérieur et bientôt, je ne pouvais plus me passer de mes cachets de Dream, ne faisant plus que de rester allongé sur mon lit, sous influence, vivant une vie imaginaire. Je perdais le peu de contrôle que j’avais sur ma vie réelle et avait de plus en plus à maîtriser celle de mes rêves.

La première chose qu’il me fut impossible de contrôler fut l’environnement et me retrouvait de plus en plus souvent plongé dans des univers sombres emplis de monstres que j’arrivais néanmoins encore facilement à faire disparaître d’une pensée. Mais bientôt, je fut incapable d’agir sur les actions des autres êtres qui peuplaient mes rêves, qui étaient désormais presque tous des cauchemars.
J’essayais de lutter mais malgré ma peur de m’endormir, j’étais accro à la Dream et ne pouvais plus m’en passer. J’étais à nouveau terrifié et en proie aux crises de panique, à la seule différence qu’elles se déroulaient désormais dans mon sommeil.

La drogue qui m’avait tant aidé pendant quelques temps était devenue la cause mes pires crises et m’avait enfermé dans un perpétuel monde cauchemardesque où je devais lutter à chaque minute pour ma vie. Jusqu’à ce qu’un de mes cauchemars me tue.

Depuis, je me cache dans les rêves des autres, à l’affût d’une proie. Je ne souffre plus de mes crises de panique mais me nourris de la terreur des autres ;  je les terrifie jusqu’à les faire mourir de peur.

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