Mug shots n°8 – Les vacances à Salles

100_1986

Enfermé dans sa chambre à l’autre bout du monde, il rêvait. Les yeux fermés, il se remémorait ses vacances chez ses grands-parents, dans le Beaujolais.

Il revoyait les vignes qui s’étendaient à perte de vue. Et le raisin un peu acide qu’il picorait sous le soleil de juillet. Ici, ce tout n’était qu’étendues immenses de poussières rouge orangée.

Il entendait le bruit de ses pas sur les graviers roses du Chapitre. Quand il marchait, maintenant, ses pas étaient étouffés par la lourde poussière qui se soulevait sur son passage colorant ses chaussures de cette couleur si caractéristique de la terre du bush australien.

Il entendait aussi le son du clocher qui sonnait même la nuit et le réveillait parfois quand il faisait chaud et qu’il dormait avec la fenêtre grande ouverte. Là où il se trouvait, les cloches ne sonnaient que la journée et même avec les fenêtres ouvertes, ils les entendaient à peine, trop loin.

Il s’imaginait à nouveau jouer dans le cloître, autour du puits fleuri. Ici, son puits était entouré de caillou et d’herbes sèches et jaunes et il allait devoir en creuser un second bientôt, celui-ci ne suffisait plus depuis que les pluies se faisaient rares.

Il revoyait les « prisons » qui gardaient l’entrée du chapitre et se souvenaient des histoires qu’il imaginaient avec ses cousins à leur sujet. Que cachaient-elles en leur sein ? Quels crimes odieux y avaient pris place ? Des espions s’y étaient-ils cachés un jour ? Abritaient-elles des monstres fantastiques ou des drôles de petits lutins y habitaient-ils ? Ses cousins habitaient à l’autre bout de la planète, toujours près de ces « prisons » qui les avaient tant fait rêver et il n’avait plus personne avec qui imaginer des histoires de crimes, d’espions ou des créatures mythologiques.

Il se remémorait la route qui descendait vers le viaduc et les courses effrénées qui y prenaient place presque chaque après- midi ; c’était au premier qui arriverait en bas. Il ne comptait plus le nombre de fois où les genoux de l’un l’autre avaient été égratignés à cause d’une chute. Il ne courrait presque plus, maintenant.

Il souriait en se rappelant de ce siège de toilette exposé au-dessus du portail du plombier du village, qui les avait tant amusé. Par ici, il n’avait rien de la sorte ; ses voisins les plus proches n’étaient à plus de dix kilomètres et aucun d’ entres eux n’ auraient eu l’idée d’exposer ainsi une cuvette WC.

Il se rappelait de la vogue et de ces jeux où il fallait attraper une peluche avec une pince (il n’avait jamais réussi), des auto-tamponnantes et des manèges. Il n’était pas retourné à la fête foraine depuis qu’il avait quitté la France.

Il repensait à son enfance et, sa dernière pensée avant de s’endormir, fut qu’il aurait donné n’importe quoi pour retourner à cette époque pleine d’insouciance et d’aventures au milieu des vignes du Beaujolais.

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